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L'Eglise de Laneffe

L’Eglise de Laneffe

La jolie flèche bulbeuse de l’église Saint-Lambert signale Laneffe aux usagers de la nationale 5. Malgré sa modestie, cet édifice est un des joyaux du patrimoine architectural de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

L'Eglise de LaneffeConstruite sur une butte à l’emplacement d’une ancienne église dont ne subsiste que très peu de traces, elle trône depuis 1740 au centre du village. Elle fut construite par l’architecte et entrepreneur Jean-Baptiste Chermanne, le même qui édifia la cathédrale Saint-Aubin à Namur.
Cet édifice à trois nefs, à clocher bulbeux, entièrement en pierre du pays a fait l’objet, en 1956, d’un classement par la Commission des Monuments et des Sites, en même temps que le mur de clôture de l’ancien cimetière qui l’entoure et a été restaurée en 1971 par l’architecte Simon Brigode. Une nouvelle restauration fut réalisée en 2008 par M. Jean-Pol Trévis qui eut à cœur de lui rendre les couleurs correspondant au style historique du bâtiment (néo-classique). Elle accueille le visiteur entre ses murs coquille d’œuf et attire irrémédiablement son regard vers les voûtes terre de sienne pour le laisser retomber sur l’imposant retable surmonté de la statue de Saint-Lambert en majesté, entouré d’angelots.
Une des belles particularités de cette église est qu’elle conserve tout son mobilier d’origine en chêne.

  • Le grand autel central, partiellement doré, dont le tabernacle porte l’agneau vexillifère, et orné d’une reproduction de la descente de la croix de Rubens (toile du XIXème offerte par Edouard Valentin).
  • Deux autels latéraux du même style que l’autel majeur. Celui du coté nord, consacré à la Saint Vierge, montre une peinture représentant l’assomption et une statue mannequin habillée de la Madone (XIXème s.). Celui du côté sud porte une belle statue de Saint Eloi, en bois polychrome également du XIXème, devant une toile un peu naïve montrant Saint François de Sales visitant des paroissiens.
  • Dans le chœur, de belles stalles en chêne sculpté, surmontées de lambris avec médaillons, du coté nord, le Christ bénissant, Saint Pierre apôtre et Saint Lambert, et du coté sud, la Vierge, Saint Paul de Tarse et Saint Eloi.
  • Une monumentale chaire de vérité dont la cuve porte le buste des quatre évangélistes.
  • Deux grands confessionnaux, un peu disproportionnés en hauteur, placés au mur du fond de chaque coté de la porte d’entrée.
  • Dans le chœur également, une belle statue de chêne de Saint Lambert, provenant de la niche extérieure où, lors de la restauration de 1971, elle fut remplacée par une œuvre moderne en terre cuite de Christian Leroy, de Waudrez. Cette statue ancienne dérobée, il y a quelques années, fut heureusement retrouvée dans une brocante des environs de Dinant. Egalement une jolie statue folklorique de Saint Barbe en bois polychrome du XIXème siècle. ( Source : Patrimoine monumental de la Belgique, tome 9/2 pp. 514 à 516.)
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Pour comprendre pourquoi elle est considérée comme un témoin privilégié de l’histoire, il suffit de lever la tête, sous la première croisée d’ogives. On remarquera ce cercle, en réalité un trou rebouché lors de la restauration de 1971. C’est par là que furent montées les trois cloches. Cet orifice, anormalement, servit à plusieurs occasions. Cinquante ans après la construction de l’église, en pleine Révolution Française, les sans-culottes sont annoncés aux portes de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Une des cloches est dépendue et enfouie dans un fond humide, derrière la fontaine Saint-Eloi sous l’actuelle N5. Le but était de la préserver de la vindicte des révolutionnaires. On ne l’a jamais retrouvée. Dérobée, enlisée,… Le lieu reçu le nom de « Fontaine al cloque », fontaine à la cloche en wallon. Bien plus tard, deux siècles après la construction, pendant le deuxième conflit mondial, les allemands enlevèrent Isabelle, une des deux cloches restantes, pour la refondre. Elle fut stockée en compagnie de bien d’autres sur des quais de gare à Couillet, dans l’attente d’un transport vers l’Allemagne. C’est là qu’un commando de Laneffois, membres du Mouvement National Belge (résistance), dont M. Hector Hautenne, la récupérèrent. C’est après avoir assommé l’une ou l’autre sentinelle allemande qu’ils embarquèrent Isabelle et une de ses voisines. Dans la nuit, elles furent enterrées dans l’enceinte du vieux château en face de l’église. La guerre terminée, on déterra la cloche du village pour la replacer dans son clocher. La deuxième cloche s’avéra être celle de Fraire qui fut donc remise à nos voisins.
Voilà comment, par un simple orifice, cette église permet de traverser déjà deux siècles d’histoire.

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En avançant vers le chœur en suivant la nef latérale à notre gauche, subsiste une des traces de l’ancienne église. Fiché dans le mur, au pied de l’autel à la Vierge, se dresse le monument funéraire de Ioesse de Campen ( † 1585) et Marie de la Marck († 1596) son épouse, avec armoiries et huit quartiers de noblesse, en marbre et pierre. Il s’agit des seigneurs de Laneffe. Cet autel constitue non seulement un vestige mais est aussi un témoin du passage des sans-culottes. A y regarder de plus près, on remarque que les bas reliefs représentant le seigneur et sa dame ainsi que le Christ crucifié ont été martelés et arrachés à la pierre. Il s’agit là de la destruction de tout ce à quoi les révolutionnaires s’opposaient : la noblesse et le clergé.

Des dalles mortuaires, recyclées en carrelage, attestent également du passé de la paroisse. La première est celle de Guillaume de Fecheroulle, Jeanne de Lenne, son épouse, et leurs enfants : le Curé Théodore-Sébastien de Fecheroulle († 1772), Alexis, Albert et Catherine de Fecheroulle, l’autre du Curé François Bourez († 1729) avec calice surmonté de l’hostie.

Le chœur cache encore quelques secrets, à commencer par les deux panneaux/portes qui donnent accès aux sacristies. Aucun aspect technique ne pouvant transparaître dans le lieu de culte, ce genre de portes sont rendues invisibles au public. En effet, lorsqu’elles sont fermées, il est impossible, pour celui qui ne connaît pas bien l’église, de savoir que deux passages s’ouvrent à cet endroit.

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Le dernier petit secret du chœur est situé tout en haut du retable surplombant l’autel. A gauche de la croix. Pour le voir, il faut reculer un peu dans la nef centrale et lever les yeux au plus haut du bâtiment. On pourra observer une tête d’angelot noir. C’est le témoin historique le plus récent de l’église puisqu’il date de la dernière restauration, notamment au niveau des couleurs, par M. Jean-Pol Trévis. Il s’agit d’ailleurs d’un clin d’œil de l’artiste en soutien à un certain Barack Obama qui était alors en pleine campagne présidentielle. Il faut croire que cela lui a porté chance…

L’église Saint-Lambert de Laneffe, construite 50 ans avant la révolution française, témoin de plusieurs évènements historiques, aura connu, plus de deux siècles après, l’élection du 44ème président des Etats-Unis d’Amérique, une nation qui naquit jadis des idées de la révolution, égalité, fraternité et surtout, liberté… C’est également pour cette liberté que des Laneffois bravèrent l’autorité allemande à Couillet pour récupérer une cloche de cette même église.