Les risbermes végétalisées

Des tronçons de rivière pauvres en habitats

Ce n'est un secret pour personne : les milieux naturels sont souvent bien plus riches que les milieux artificiels. Ce constat, régulièrement posé sur terre, s'applique également aux milieux aquatiques. Une rivière non aménagée recèle une diversité d'éléments : plantes aquatiques, racines d'arbres plongées dans l'eau, végétation, retenues d'eau naturelles, bancs de sables, méandres et bras morts du cours d'eau, tronçons en eaux vives ou au contraire à écoulement calme ... Tous ensemble, ils constituent autant de cachettes et d'habitats pour la faune aquatique, en particulier pour les alevins (jeunes poissons). Ils leur offrent également des ressources de nourriture nécessaire à leur développement et à leur survie.

Malheureusement, l’artificialisation et la rectification des berges réduit drastiquement les habitats de ces rivières. Les petits organismes aquatiques et les poissons ont donc souvent vu disparaître une grande partie de leurs zones refuges. Dans certaines zones déficitaires en habitats, il suffit pourtant d'en recréer certains en apportant des débris (blocs, troncs d'arbre, ...) pour aider la biodiversité. Il n’est pas nécessaire de trop en faire : 1.5 à 4 % d’abris répartis sur la surface totale de la rivière suffisent.

Dans le cadre d'un projet de restauration d'habitat dans le bassin de la Sambre, le Contrat Rivière Sambre et Affluents (CRSA) et la Maison Wallonne de la Pêche (MPW) ont donc réalisé un état des lieux de plusieurs tronçons de rivières pour répertorier ceux présentant des lacunes en matière de capacité d’accueil de la faune aquatique.

L'objectif étant ensuite de proposer, avec l'aide du GAL ESEM pour son territoire, des aménagements favorables pour la biocénose aquatique. La difficulté étant de réussir à fixer des éléments naturels sur des berges empierrées ou bétonnées. C'est donc vers une solution de génie végétale (oui rien que ça !), que les partenaires se sont tournés en choisissant un aménagement artificiel, dont la majorité des éléments et matériaux constitutifs sont présents à l'état naturel dans nos cours d'eau afin de rendre l'ensemble accueillant pour la biodiversité. Ce sont donc les risbermes végétalisées constituées de fascines en fibres de xylit qui ont été choisies.

Des risbermes, des fascines et de la xylit? Qu'est-ce que c'est? À quoi ça sert? On vous explique.

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Le mot risberme est un terme technique emprunté au secteur de la construction. Il désigne généralement une terrasse réalisée à mi-pente ou au pied d'un mur, d'une berge ou d'un talus pour le renforcer et le protéger de l'érosion crée par l'écoulement de l'eau (voir schéma ci-contre). Vous en avez sûrement déjà vu et avez parfois même déjà marché dessus sans le savoir car à mi-pente ils accueillent parfois des sentiers ou des routes.

Dans ce projet, le principe de la risberme a été miniaturisé et sa fonction de protection contre l'érosion enrichie pour en faire en plus un élément artificiel de filtration accueillant pour la faune et la flore. Pour y arriver et pour que les plantes aient les pieds dans l'eau, des pattes métalliques ont été fixées le long des berges à une hauteur dépendante de la hauteur d'eau de la rivière. Elles servent à retenir une ou plusieurs fascines. Sorte des boudins constitué d'un filet synthétique de 2m de long et 25 cm de diamètre remplis de xylit. Ce matériau commercialisé entre autres par la société AquaTerraSolution est produit à partir de résidus de fibres de bois issus notamment de productions de charbon. Ces résidus sont agglomérés par des processus biologiques (activité de microorganismes) et géochimiques (colmatation, pression... ) inspirés de ceux à l'œuvre naturellement dans nos rivières.

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Le xylit a des propriétés d'absorption importante lui permettant d'épurer l'eau de différents polluants, en particulier des fertilisants (nitrates, phosphores, ...). Elle constitue aussi un excellent support pour accueillir des plantes hélophyte. Entendez par là, des plantes semi-aquatiques, comme les iris d'eau, qui aiment avoir les racines dans l'eau et développer leurs feuilles à l'air libre. Grâce à une collaboration avec la pépinière du Département de la Nature et des Forêts du cantonnement de Namur, les espèces d’hélophytes choisies pour la plantation ont toutes une origine indigène et locale. Leurs racines serviront également d'abris pour la faune.

Des enrochements plats d'une dizaine de centimètres de haut peuvent être déposés dans le lit du cours d'eau pour supporter les fascines. Les interstices entre les pierres servent alors de petites cachettes pour les poissons. Ils n'étaient pas nécessaires pour le projet vu la faible profondeur d'eau des sites retenus (quelques centimètres).

Pour mieux comprendre à quoi ressemble une risberme et en quoi consiste son installation, voici une vidéo réalisée par la Maison Wallonne de la Pêche lors de l'installation de risbermes sur la Trouille, un affluent de l'Escaut à proximité de Mons

Mais où ont été fixées ces fameuses risbermes ?

Parmi les tronçons de rivière relevés par la MPW et le CRSA, 7 sites ont été aménagés début 2021 à raison de

  • 2 m sur le ruisseau d’Hanzinne (Gerpinnes)
  • 4 m sur l’Eau d’Yves (Florennes)
  • 4 m sur la Biesme (Mettet)
  • 26 m l’Eau d’Heure et l’Eau d’Yves (Walcourt)

Voici une petite carte des localisation
(Cliquez sur l'image pour ouvrir la carte dans Google Map)
image Montage_photos_article_risberme_site_internet.png (1.3MB)
Lien vers: https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=13U8tQwuMrYjyXHeU3rucvXbrUrIoc9W2&femb=1&ll=50.28946407311586%2C4.517039349999994&z=12
Cliquez sur l'image pour afficher la carte dans un nouvel onglet

Pour quels résultats ?

Un an plus tard, les équipes du CRSA et du GAL ESEM sont retournées sur le terrain faire le tour des risbermes installées pour suivre leur évolution. Excepté une de celle de Florennes qui semble avoir subit une avarie, toutes s'étaient très bien développées.
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Une année de plus s'écoule avant que les chargées de missions du CRSA et du GAL ESEM retournent effectuer un inventaire de la faune aquatique (aussi appelé Indice Biologique Global Normalisé ou IBGN par les scientifiques) du site de l'Eau d'heure à Pry. Les deux risbermes du site ont été évaluées tout comme les quelques mètres de berges emmurées opposées afin de comparer la biodiversité des deux milieux (avec et sans risberme). La microfaune invertébrée a ensuite été déterminée, directement sur le terrain lorsque c’était possible ou au binoculaire dans les locaux du Contrat Rivière Sambre et Affluant partenaire du projet dans le cas contraire.

Les prélèvements sur site laissaient espérer une différence significative dans la présence de biodiversité entre les deux milieux. En effet, les berges emmurées ne présentaient que quelques organismes. Presque tous étaient benthiques : ils vivent dans les sédiments du fond du cours d'eau. La berge équipée de risbermes abritait une plus grande diversité de faune : des organismes benthiques mais aussi des larves de libellules et demoiselles, des insectes ou encore de petits mollusques et crustacés. Enfin un annélide (nom scientifique du groupe des "vers") : une cousine aquatique de nos lombrics, parfois appréciée en médecine mais souvent jugée répugnante : une sangsue !

Des bancs d’alevins ont également été observés, cachés dans les racines des plantes végétalisant les risbermes alors qu’ils étaient absents des berges emmurées opposées. Les poissons ne faisant pas partie des indicateurs prédéfinis de l’IBGN, ceux capturés n’ont ni été comptabilisés, ni déterminés. Leur présence sous les risbermes souligne néanmoins le bénéfice de cette végétalisation des cours d’eau.

Le CRSA a publié les résultats finaux avec les espèces déterminées au microscope :
image Rsultat_IBGN_Risbermes.png (37.8kB)

Ci-dessous, quelques photos des animaux observés :
image Quelques_espces_IBGN.png (1.1MB)

La différence entre les deux milieux est soulignée par les résultat et marque l'importance de ce dispositif pour créer de nouveaux habitats pour la faune et la flore sur des berges artificialisées.

Attention, il est néanmoins important de noter que ces résultats ne seront vrais que pour les risbermes de Pry. Avant de pouvoir les généraliser de manière significative d'un point de vue scientifique, d'autres IBGNs devront être effectués sur les autres sites, mais aussi en dehors du territoire du GAL.

Quelques information pratique pour répliquer le projet


Avant n’importe quel aménagement sur un cours d’eau, pensez à demander toutes les autorisations au gestionnaire concerné. Le service de la chasse et de la pêche peut vous conseiller et vous préciser s’il existe déjà des inventaires piscicoles sur les sites visés par un projet.

Pour ce projet-ci des autorisations ont été demandées aux 4 communes du GAL ainsi qu’aux Cellules Cours d’eau des Provinces de Namur et du Hainaut ainsi qu'à la Direction des cours d’eau non navigable. Des demandes d’autorisations domaniales, ainsi que des dossiers techniques ont été remplis. De plus, ces différents services nous ont fourni de nombreux conseils précieux pour assurer la réussite du projet.

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